TOPOGRAPHIES AÉRIENNES

 

Topographies aériennes est un projet de carnets de dessins commencé en 2019 lors d’une résidence de recherche et création en Islande, où le solstice d’été est marqué par le soleil de minuit et par les grandes migrations d’oiseaux. Entre les volcans de l’arrière-pays et l’océan arctique à perte de vue, je filmais chaque jour le paysage vierge en parcourant les falaises du littoral. Pendant ces longues minutes d’affût, j’ai été frappée par le parcours des oiseaux dans le ciel, exaltés après un long périple et omniprésents dans mes prises de vue. Je me suis alors mise à dessiner leurs trajectoires à main levée, les feuilles de mon calepin comme autant de fenêtres retenant les instants d’une nature immense.

Depuis cette expérience, mes petits carnets rouges s’accumulent. J’ai conservé l’habitude de dessiner les mouvements libres des créatures qui m’entourent, car ils m’amènent à m’arrêter pour contempler les lignes invisibles du territoire sur lequel je me trouve, en espérant m’ancrer un peu et apprendre à le connaître un peu mieux. Le calepin ci-dessous documenté a été dessiné à Deschambault, sur les berges du fleuve Saint-Laurent où j’ai grandit. Grâce aux papillons, aux libellules et aux colibris, c’est l’été qui s’est couché sur ses pages comme l’eau de la rivière sur son lit. Ce fut aussi la dernière journée des hirondelles, mes colocs de saison, qui sont reparties vers le sud avec leurs juvéniles.

 

« Tu m’as montré le cahier. Cahier rouge, encre turquoise. La mine souple rappelant celle d’un pinceau. Ça me semble important. La touche mobile, lisse, mouillée, … pour enregistrer les mouvements, les bestioles, les oiseaux qui fuient. Mobiles comme tu es nomade, mon amie.

(Contempler les lignes invisibles du territoire sur lequel je me trouve, en espérant m’ancrer un peu.)

J’ai pensé à Satie. Allez savoir pourquoi. Annotations musicales, phrasés, staccattos… je les entends fort.

(Hirondelles versus corbeaux…)

Tu me parles souvent des sternes. As-tu vu les chevaliers des sables aujourd’hui? Ils courent comme des ciseaux mécaniques en effleurant l’arrivée des vagues. »

– Lisanne Nadeau pour l’encan annuel de Regart, 2020.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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