LA VIE DES AUTRES (2024 à aujourd’hui)

La vie des autres (2024 à aujourd’hui).

@_la_vie_des_autres

La vie des autres est un projet de recherche issu d’une banque d’un millier de captures d’écran réalisées sur mon téléphone intelligent à un moment où l’accès à Internet était instable — une situation devenue presque obsolète aujoud’hui, à l’ère de la 5G. C’est un projet qui s’intéresse à ce qui arrive aux images — et aux regards — lorsqu’ils ne parviennent plus à se rencontrer.

Le projet prend racine en 2019, lors d’une résidence de création particulièrement exigeante au Japon. Chaque soir, avant de me coucher, je cherchais une forme d’évasion en parcourant les médias sociaux. Faute de connexion Internet suffisante, les images d’Instagram apparaissaient floues, en attente d’un chargement qui ne venait jamais. J’y ai perçu une beauté inattendue, accompagnée de l’intuition que ces images dégradées révèlent quelque chose de notre époque : un désir de connexion pour remédier à nos solitudes de plus en plus profondes à travers nos écrans qui participent eux-mêmes à nous isoler.

J’ai alors commencé à accumuler des captures d’écran de ces images partiellement visibles, suspendues entre apparition et disparition. En 2024, j’ai repris ces archives en les diffusant sporadiquement sur Instagram (@_la_vie_des_autres), réinjectant ainsi ces images altérées dans le flux même dont elles proviennent.

La vie des autres interroge notre rapport aux médias sociaux, et plus largement aux technologies : la surabondance et la surconsommation d’images, les dynamiques d’autoreprésentation et le voyeurisme qui caractérisent les réseaux. Le projet aborde également les notions contemporaines de brain fog et de brain rot — ce dernier ayant été désigné mot de l’année 2024 par le dictionnaire d’Oxford — pour évoquer un état de saturation cognitive où les images se superposent, se brouillent et finissent par perdre leur lisibilité, tout comme notre capacité à réellement voir, ressentir et nous relier aux autres.